Je crains le deuil plus que ma propre mort peut-être
Lorsque la vie décide de son ultime souffle
Comme si jamais je n'aurais dû le connaître
Comme si mes larmes malgré moi se camouflent
Je réfute, je refuse, je méprise, je maudis
Le fatalisme absurde de ces gens trop dociles
Je m'énerve, je m'enivre, je m'exile, je m'enfuis
Refouler n'est pas sain, accepter trop facile
Je porte l'infinité des souvenirs dans mon cœur
Pour ne jamais qu'un jour on le dise oublié
Je joindrai mes larmes auprès du saule pleureur
Et au creux de mes bras je me sens apaisé
Il a disparu il y a plusieurs longs mois
Je n'étais pas perdu, me suis-je jamais trouvé ?
Je confesse repenser à lui quelquefois
À son rire encore là, juste pas tout à fait
Je crains le deuil plus que ma propre mort c'est sûr
Et pour ne rien arranger je suis très opiniâtre
L'infinité existe, au diable les impostures
Que ceux qui ne me croient essaient donc de m'abattre
Si tout un jour n'est plus, je veux être ce qui reste
Incarner l'exception qui survivra toujours
Non pas parce que c'est moi, je m'espère modeste
Mais je ne conçois pas de délaisser l'amour
Ce qui a pu être un jour demeurera avec moi
Et aucune boîte en bois ne saurait t'exiler
Ton corps n'est plus ici m'a-t-on dit l'autre fois
Mais ton souvenir persiste, je peux te l'assurer
Peut-être aurai-je tort ? Peut-être bien me leurrerai-je ?
Mais qu'importe après tout, je suis heureux ainsi
Le bonheur peut-il bien vivre de mon manège ?
Dans la fête foraine que constitue ma vie
Je crains le deuil plus que ma propre mort en vrai
Et pour tout vous confier je ne saurais m'enterrer
C'est magique je crois de pouvoir emporter
Jusque dans l'au-delà ce qui m'est arrivé
Même la fin du texte n'est pas simple à écrire
Mais un peu comme partout je me dis qu'un beau jour
J'aurai mieux à transmettre, davantage à vous dire
Ce texte demeurera, en attendant ce jour
Il m'attendra c'est sûr et j'attends d'être près
Pour le chérir encore parce qu'il n'y a de fin
Que lorsque l'on se résigne, lorsqu'on est satisfait
Tu es mort aujourd'hui, je te dis à demain.
Albert Camus
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