Frisson de temps

publié le 04/03/2024 05:30

J'ai peur, je ne sais pas où je vais. La vie est un genre de dédale. Que deviendrai-je demain ? J'ai peur de septembre, peur de ne pas être adapté à cette société pourrie, une fois de plus. Je ne sais pas et je déteste ça. Je ne sais pas ce que je ferai en septembre ni même où je serai. Alors oui, tout ça dépend de moi mais bordel, ça fait peur. C'est effrayant de ne pas savoir, je trouve. Certains me diront que cela fait le charme de la vie et je le concède tout à fait pour les autres. En attendant, je suis ce soir devant mon ordinateur et j'ai peur. Je n'aime pas avoir peur, vraiment. Je suis le genre de gars à prendre sur lui, à ne pas laisser paraître quoi que ce soit. Certainement que si j'étais avec quelqu'un ce soir, il ne sentirait pas cette pression que je ressens, moi, sur mes épaules, à tout moment. La vie d'adulte m'attend, je le sais. Remplie de plein de merveilles mais je dois y aller, et c'est ça que je n'aime pas. Devoir.

Comme si l'on n'avait pas le choix que de grandir. Grandir, bordel, comme si je n'avais que ça à faire. Lorsque je suis heureux, il faut que le temps passe. Lorsque j'ai l'impression d'être entouré, la solitude toque à la porte. Toujours dans une mouvance constante, comme si je n'étais jamais suffisamment bien pour ma putain de vie. Mais moi, je veux arrêter ce temps, je veux lui foutre trois baffes et qu'il retourne à la niche. Je suis fatigué que le temps passe. Le temps me fatigue et je lui cours après, toujours et encore. Le soir déjà, je ne lui laisse pas l'opportunité d'agir, je dois le sentir jusqu'au tard dans la nuit. Le sentir me vider de mes forces, de mon esprit, de mon bon sens. Me forçant à me mettre dans un état second où je suis vulnérable, un état qui n'a, d'après les scientifiques, aucune explication rationnelle à ce jour (c'est encore débatable mais je m'en fiche bien, ça m'arrange ici). Ce temps, je le hais. Il m'a tout pris, de mes premières fois à mes dernières. Il emmènera tout avec lui : ma mère, mon père, ma famille, mes amis, mes amours, mes emmerdes... Même mes emmerdes, je voudrais les garder ! Je ne veux pas grandir, et j'envie le Petit Prince. Lui aussi vit la même chose et je pense le comprendre. Il y a une forme d'atrocité dans le temps : dire que le temps est une fatalité n'est finalement qu'une forme d'hyperbole. Le temps est l'atrocité. Je me sens vulnérable ce soir, vulnérable aux coups du sort, vulnérable à la vie, à la mort, à mes envies, à mes besoins. Ce soir, je ne me sens plus homme, je me sens humain. Même pas humain, juste vivant. Même pas vivant, juste présent...

Je chéris le présent, mais jamais ne le saisis. Et le seul cadeau que m'offre le temps, ce sont des souvenirs qu'il me reste à embellir. Les gens que j'ai rencontrés sont beaux. Les gens que je découvre sont laids. Comme si le présent entachait et le passé embellissait. Je ne veux pas vivre dans le passé, pas plus que dans le futur. Le futur, lui, se moque, se raille de moi, sur son piédestal doré. C'est un fantôme sournois qui se moque constamment. Lorsque tu es persuadé de savoir, le futur te défie. Et croyez-moi, jamais il ne perd. Il a pour lui le temps, et nous n'avons que la mort.

En septembre, je dois trouver un stage. Je ne suis pas inquiet, j'en trouverai un. Mais voilà, j'ai peur de ne pas m'y plaire. Plus j'avance et plus je constate le regard des gens, tantôt interloqué, tantôt dégoûté, tantôt inquiet par ma présence. Je sens combien je suis différent. Je ne veux pas le devenir encore plus, je crois. Je voudrais parfois me fondre dans la masse, galérer comme tout le monde sur les choses les plus simples pour moi et y arriver simplement dans les interactions sociales. Je me souviens d'un jour où un proche à moi m'a parlé de rencontrer certains de ses amis. Ce jour-là, j'ai rigolé en disant que je ferai tout pour ne pas qu'ils m'aiment. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à me comprendre, à saisir ce que je protégeais chez moi à ce moment-là. Je n'aime pas le regard des gens, j'ai juste appris à le supporter avec le temps. Parfois, j'ai envie de me battre, comme pour montrer au monde que je suis plus qu'un putain de cerveau sur un corps que je ne sais pas entretenir. Mais je ressens au fond de moi ce vide de sens, alors je me retiens. Je voudrais certains jours ne plus être comme moi. Je m'entoure de gens formidables mais pas une seule personne autour de moi ne me décrirait sans utiliser le terme "facilité". Comme si ma vie était facile... C'est utiliser ce mot qui me semble trop facile. Je ne suis pas légitime peut-être. Ma vie a-t-elle quelque chose de si différent des autres ? Au fond de moi, je pense souvent que oui, par égoïsme peut-être, par doute sûrement.

Je vis différemment, je pense différemment, je souffre différemment, j'aime différemment, je grandis différemment, je regarde différemment. Certains aiment mes différences, quant à moi je ne sais pas. Ce stage de septembre m'effraie mais ce n'est pas par son aspect inconnu. Ce qui m'effraie derrière tout ça, c'est sûrement mon aspect inconnu à moi. J'ai parfois l'impression de me sentir comme un gosse à qui l'on aurait donné un flingue. À la fois vulnérable, fragile et insouciant, mais surtout mortel. Beaucoup de gens s'arrêteront au mortel et je ne leur en veux pas, je crois. J'ai juste peur de blesser quelqu'un en cours de route, ça m'est arrivé plus d'une fois.

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